Et si ce n’était pas « juste un manque de volonté » ? Ni de la paresse, ni de la distraction banale, mais bien un fonctionnement neurocognitif particulier, souvent invisible, parfois envahissant ? Le TDAH chez l’adulte existe bel et bien, et il mérite enfin l’attention qu’on lui refuse depuis trop longtemps.
Pourquoi s’intéresser au TDAH chez l’adulte ?
Pendant longtemps, le TDAH (trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité) a été considéré comme une affaire d’enfants turbulents. On imaginait des petits garçons remuants, incapables de tenir en place à l’école… Puis, mystérieusement, tout ce petit monde était censé rentrer dans le rang à l’âge adulte. Spoiler : ce n’est pas ce qui se passe.
Le TDAH ne disparaît pas avec les années. Il évolue, se transforme, se masque parfois, mais continue d’influencer profondément la vie de celles et ceux qui en sont porteurs. Aujourd’hui, on estime qu’environ 2 à 4 % des adultes sont concernés. Pourtant, beaucoup passent inaperçus, souvent pendant des décennies.
Pourquoi ? Parce que les manifestations sont plus subtiles, parce que les adultes apprennent à compenser… jusqu’au moment où ça ne fonctionne plus : fatigue chronique, procrastination paralysante, sentiment d’échec récurrent, difficulté à gérer le quotidien malgré une réelle intelligence et de multiples talents.
Dans ma pratique, je rencontre fréquemment des personnes brillantes, créatives, sensibles, qui viennent consulter en pensant être « trop dispersées » ou « pas assez constantes ». Et bien souvent, derrière ces mots, se cache un TDAH non reconnu. Nous reviendrons plus tard sur ces profils à haut potentiel souvent concernés.
Le TDAH : de quoi parle-t-on, au juste ?
Le TDAH fait partie de ce qu’on appelle les troubles neurodéveloppementaux (TND). Ces troubles apparaissent précocement dans le développement de l’enfant et affectent durablement le fonctionnement du cerveau, en particulier dans les domaines de l’attention, du langage, de la motricité ou des interactions sociales. Parmi eux, on retrouve également les troubles du spectre de l’autisme, les troubles dys (dyslexie, dyspraxie…), ou encore le trouble du développement intellectuel.
Dans le cas du TDAH, ce sont surtout les fonctions attentionnelles, l’inhibition comportementale et la régulation de l’impulsivité qui sont concernées. Le trouble se manifeste à travers trois grandes dimensions, qui peuvent s’exprimer isolément ou de manière combinée :
- L’inattention : difficulté à se concentrer, à organiser ses pensées, à finir ce qu’on commence.
- L’hyperactivité : chez l’adulte, elle est souvent moins visible. Elle peut se traduire par une agitation intérieure constante, un besoin de mouvement, une difficulté à rester immobile… même mentalement.
- L’impulsivité : tendance à réagir sans filtre, à parler trop vite, à acheter sans réfléchir (même si c’est un robot pâtissier alors qu’on ne cuisine jamais).
Le TDAH est un trouble, et non une maladie. Cette distinction est importante : il ne s’agit pas d’une « pathologie » au sens classique du terme, mais d’un mode de fonctionnement cérébral atypique, durable, avec ses défis mais aussi ses ressources. Parler de trouble, c’est reconnaître une diversité neurologique qui nécessite des ajustements — pas une réparation.
Pour qu’on puisse parler de TDAH, ces symptômes doivent être présents depuis l’enfance, de façon persistante, et entraîner une gêne significative dans plusieurs domaines de vie (travail, vie sociale, familiale…).
Nous approfondirons dans un prochain article la manière dont ces trois dimensions s’articulent chez différents profils d’adultes.
Pourquoi poser ce diagnostic à l’âge adulte ?
Parce que comprendre, c’est déjà apaiser. Mettre un mot sur un fonctionnement atypique, c’est souvent un immense soulagement. Ce n’est pas une excuse, c’est une explication. Ce n’est pas une étiquette, c’est une boussole.
Le diagnostic permet de sortir de la culpabilité (« je suis nul·le », « je n’y arriverai jamais », « je gâche mon potentiel ») pour entrer dans une démarche d’ajustement réaliste, concrète et bienveillante.
Fait fréquent et touchant : de nombreux adultes découvrent leur propre TDAH après le diagnostic d’un de leurs enfants. En entendant parler des symptômes, en lisant un rapport, en assistant à une réunion avec un professionnel, ils ont ce moment d’illumination : « Mais… c’est moi, ça. » Ce n’est pas de la projection : c’est simplement que le TDAH a une forte composante héréditaire. Et ce miroir familial devient souvent le premier pas vers une reconnaissance personnelle.
Avec mes patients, j’ai vu combien cette prise de conscience pouvait être à la fois bouleversante et libératrice. Elle ouvre la voie à un parcours de soin plus juste, mieux orienté.
Mais poser un diagnostic chez l’adulte n’est pas toujours simple : les adultes ont souvent développé des stratégies de compensation, des masques, voire des troubles associés (anxiété, dépression, troubles du sommeil). Le TDAH peut alors se camoufler derrière d’autres problématiques, et passer inaperçu pendant des années.
Nous consacrerons un article complet au processus diagnostic et aux erreurs fréquentes d’interprétation.
Comment est posé le diagnostic ?
Il repose avant tout sur une évaluation clinique approfondie, réalisée par un professionnel de santé formé à ce type de trouble (neurologue, psychiatre, parfois psychologue).
L’examen s’appuie sur plusieurs éléments :
- un entretien clinique détaillé ;
- des questionnaires standardisés (comme l’ASRS ou le DIVA 2.0) ;
- un recueil de l’histoire développementale ;
- et parfois, des bilans complémentaires pour explorer d’autres fonctions cognitives.
Je reviendrai prochainement sur les outils les plus utilisés, ainsi que sur la place du bilan neuropsychologique dans ce contexte.
Les grandes caractéristiques cliniques chez l’adulte
Chaque personne est différente, bien sûr. Mais voici quelques signes qui, lorsqu’ils s’accumulent, méritent qu’on s’y attarde :
- difficulté à se concentrer durablement ;
- besoin de stimulation constant ;
- procrastination chronique ;
- désorganisation ;
- hypersensibilité émotionnelle.
Dans mes consultations, ces signes apparaissent souvent de manière détournée : par exemple à travers un burn-out, des conflits répétés, ou une sensation persistante de ne jamais être « à la hauteur ». Nous aborderons dans un prochain article ces signes cliniques sous un angle plus pratique, avec des exemples concrets.
Quelles sont les prises en charge possibles ?
Bonne nouvelle : il existe des solutions, et elles sont d’autant plus efficaces qu’elles sont personnalisées.
Je remarque dans ma pratique que ce qui fonctionne, c’est une approche globale, sur mesure, qui tient compte des forces autant que des difficultés.
La prise en charge peut être médicamenteuse, non médicamenteuse, ou combinée. Nous consacrerons un article à part entière aux traitements médicamenteux.
Du côté non médicamenteux, on retrouve notamment : la psychoéducation, la thérapie psychologique, les TCC, le coaching spécialisé, l’hypnose, l’ergothérapie, l’orthophonie, la psychomotricité, et bien sûr une hygiène de vie adaptée. Nous détaillerons ces approches dans un futur article pour vous aider à trouver celles qui vous conviennent.
En conclusion
Le TDAH chez l’adulte n’est ni un caprice, ni un effet de mode. C’est un fonctionnement neuropsychologique différent, qui mérite d’être reconnu, compris, accompagné.
Recevoir un diagnostic, c’est souvent une libération. Ce n’est pas « se mettre une étiquette », c’est reprendre les rênes de sa vie avec plus de clarté, de justesse, et de compassion pour soi-même.
Et puis, il y a cette chose précieuse qui change tout : réaliser qu’on n’est pas seul·e. Que d’autres adultes vivent les mêmes difficultés, les mêmes montagnes russes émotionnelles, les mêmes oublis à répétition, les mêmes batailles avec les paperasses. Que ce n’est pas une question de caractère ou de paresse, mais un véritable fonctionnement neurologique.
Il existe des associations de patients, comme TDAH France ou HyperSupers TDAH France, qui proposent des ressources, des groupes de parole, des témoignages et un espace de solidarité. Y trouver sa place, c’est souvent l’occasion de transformer un isolement douloureux en sentiment d’appartenance et de compréhension.
À suivre sur Neuronotes :
- Comment vivre avec un TDAH au quotidien ?
- Quelles techniques d’hypnose ou de coaching peuvent aider ?
- Tout savoir sur le traitement médicamenteux

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