Quand on évoque l’hypnose, les images qui surgissent sont souvent folkloriques : pendule qui balance, voix grave qui dit « Dormez maintenant », ou spectateurs qui imitent des poules. Pourtant, l’hypnose moderne, loin de la scène, a trouvé sa place dans les hôpitaux, les cabinets médicaux, les services de soins palliatifs, et même dans les IRM des neuroscientifiques. C’est un outil thérapeutique rigoureux, à la croisée de la psychologie, de la neurologie, et de l’alliance humaine.
- Qu’est-ce que l’hypnose (cliniquement parlant) ?
- Ce que disent les neurosciences
- Hypnose et soins : des applications cliniques validées
- Une hypnose humaine, pas magique
- Et concrètement, ça se passe comment ?
- Le rôle actif du patient : moteur du changement
- Conclusion : une pratique exigeante, mais accessible
Qu’est-ce que l’hypnose (cliniquement parlant) ?
L’hypnose est un état modifié de conscience naturel, au cours duquel l’attention est focalisée, les perceptions peuvent être altérées, et l’imaginaire devient une ressource thérapeutique. On pourrait dire, pour simplifier, qu’elle permet de mettre la partie rationnelle en sourdine pour écouter une intelligence plus intuitive, sensorielle, émotionnelle. Mais attention : le patient reste toujours acteur, et en capacité de sortir de l’état hypnotique à tout moment. Pas de sommeil, ni de perte de connaissance…
Selon les définitions contemporaines (Milton Erickson, François Roustang, Jean Godin), l’hypnose est à la fois état, processus, et relation.
Ce que disent les neurosciences
Depuis les années 2000, la recherche en neurosciences a permis de mieux comprendre ce qui se passe dans un cerveau hypnotisé. Grâce à l’IRM fonctionnelle et à l’EEG haute résolution, on sait aujourd’hui que :
- L’état hypnotique modifie la connectivité entre le cortex préfrontal, le précunéus et le réseau en mode par défaut (DMN), ce qui permet de réduire le dialogue interne et la critique mentale (Jensen et al., 2016).
- La perception de la douleur est diminuée grâce à une modulation des circuits somatosensoriels et du cortex cingulaire antérieur (Rainville et al., 1997).
- L’hypnose active les circuits attentionnels et émotionnels d’une manière distincte de la simple relaxation ou de la distraction (Faymonville et al., 2006).
Hypnose et soins : des applications cliniques validées
L’hypnose a prouvé son efficacité dans plusieurs indications médicales et psychologiques :
Douleur aiguë et chronique
Utilisée en anesthésie, chirurgie (même éveillée), soins dentaires, fibromyalgie, douleurs neuropathiques… Elle permet de moduler la perception douloureuse, parfois jusqu’à réduire les doses de médicaments.
Anxiété, stress, phobies
Utile pour les patients anxieux avant une IRM, une chimiothérapie, un accouchement… ou tout simplement une prise de parole en public.
Troubles du sommeil
Les protocoles hypnotiques sont efficaces dans les insomnies d’endormissement ou de maintien, sans effets secondaires.
Addictions et compulsions
L’hypnose peut intervenir en complément dans l’arrêt du tabac, la réduction du grignotage ou des consommations problématiques, à condition d’une bonne alliance et d’un travail motivationnel parallèle.
Accompagnement en oncologie et soins palliatifs
L’hypnose aide à vivre les traitements lourds, à mieux gérer les effets secondaires, et à préserver un espace de liberté intérieure dans des contextes éprouvants.
Sources :
- Montgomery, G. H., et al. (2007). A meta-analysis of hypnotically induced analgesia. Int. J. of Clinical and Experimental Hypnosis.
- Elkins, G. R., et al. (2013). Hypnotherapy for the management of chronic pain. Int. J. of Clinical and Experimental Hypnosis.
- Faymonville, M.-E. (2010). Hypnosis and palliative care. Supportive Care in Cancer.
Une hypnose humaine, pas magique
L’hypnose thérapeutique ne repose pas sur un pouvoir du praticien, mais sur une collaboration active. Le patient explore ses représentations, ses émotions, ses sensations, dans un cadre sécurisé. L’alliance thérapeutique est centrale. Il n’y a pas de script universel, mais une adaptation permanente, dans la relation.
C’est une hypnose qui s’écoute, se ressent, se construit ensemble. On y rit parfois, on s’y émeut souvent. Et surtout, on y retrouve un peu de pouvoir pour redevenir acteur de ce que l’on vit.
Et concrètement, ça se passe comment ?
Une séance dure généralement entre 30 et 60 minutes. Le praticien explore d’abord les attentes du patient, puis propose une approche adaptée, parfois formelle (avec une transe hypnotique induite), parfois très informelle (sur fond de discussion simple entre patient et patricien). À tout moment, la personne reste consciente, lucide, et libre de ses choix.
Elle entre dans une forme d’intimité avec elle-même, parfois très touchante, parfois simplement apaisante. Et souvent, elle repart avec une sensation de recentrage qu’elle pourra apprendre à retrouver seule.
Le rôle actif du patient : moteur du changement
L’hypnose n’est pas une baguette magique, ni un soin passif que l’on « reçoit » en fermant les yeux. Elle demande une implication personnelle, une envie de changer sincère et assumée. C’est dans l’engagement du patient que réside le véritable potentiel de transformation.
Le praticien propose un cadre, des outils, une guidance. Mais c’est le patient qui décide d’ouvrir une porte ou non, d’explorer ou de se protéger, d’expérimenter ou de rester dans le confort connu. Et cela se respecte.
Certaines séances procurent un soulagement immédiat : détente, apaisement, relâchement. C’est déjà précieux. Mais pour que ces effets s’inscrivent dans la durée, ils doivent s’ancrer dans un processus actif. Cela peut passer par l’auto-hypnose, l’introspection, des exercices entre les séances, ou simplement par une attitude de curiosité et d’écoute de soi.
Autrement dit : l’hypnose ouvre une voie, mais c’est vous qui décidez de l’emprunter, vous marchez à votre rythme, avec vos ressources. Et c’est peut-être là que commence la vraie magie. En choisissant de devenir acteur de sa propre expérience.
Conclusion : une pratique exigeante, mais accessible
L’hypnose est à la fois ancienne (les Égyptiens l’utilisaient déjà) et résolument moderne. Elle exige une formation sérieuse, une posture éthique, et une capacité à écouter l’invisible. Mais elle s’ouvre aujourd’hui à tous ceux qui cherchent des outils plus humains, plus doux, plus respectueux du rythme du corps et de l’esprit.
Et si vous fermiez les yeux, juste pour voir ce qui se passe à l’intérieur ?

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