L’inhibition dans le TDAH :
Lisez cet article pour comprendre pourquoi certaines personnes (et pas seulement des enfants surexcités) ont du mal à ne pas dire ce qu’elles pensent, à ne pas zapper d’une tâche à l’autre, et à ne pas exploser à la moindre frustration. Spoiler : ce n’est pas de la mauvaise volonté, c’est de la neurologie.
C’est quoi cette histoire de frein cérébral ?
L’inhibition, c’est la pédale de frein de notre cerveau. Pas celle qui fait tout caler, mais celle qui permet d’interrompre une pensée, une action ou une émotion juste à temps pour éviter de foncer dans le mur. En clair, c’est ce qui nous évite d’acheter un ukulélé rose fluo à 3 h du matin parce qu’on a vu une vidéo inspirante sur TikTok.
Dans un cerveau qui fonctionne « normalement », l’inhibition permet :
- de ne pas répondre trop vite à une question (surtout si on n’a pas écouté la fin),
- de résister à une envie subite (cliquer, parler, manger, crier…),
- de choisir une réaction adaptée plutôt qu’automatique.
Mais dans le TDAH, ce mécanisme est en panne ou en retard : le cerveau agit avant de réfléchir. Et ce n’est pas une métaphore.
Pourquoi c’est central dans le TDAH ?
Le neurologue Russell Barkley a proposé un modèle clé : le déficit d’inhibition précède et entraîne tous les autres troubles exécutifs. Autrement dit, pas d’inhibition → pas de planification, pas de régulation émotionnelle, pas de mémoire de travail efficace.
On n’a pas le temps de réfléchir… car la réponse est déjà partie.
Comment ça se manifeste dans la vraie vie ?
Voici un florilège réaliste (et souvent vécu) de ce que donne un déficit d’inhibition :
- « J’ai pensé un truc, je l’ai dit. » Même si c’était inapproprié.
- « J’ai commencé un mail, j’ai vu une pub, j’ai pensé à un cadeau, j’ai oublié le mail. » Le quotidien version TDAH.
- « Je voulais me calmer, mais j’ai explosé. » Trop d’émotions, pas assez de filtre.
- « J’ai voulu répondre à temps, j’ai répondu trop tôt. » Et souvent à côté.
Les différentes formes d’inhibition (et leurs bugs associés)
| Type d’inhibition | Exemple de fonctionnement altéré |
|---|---|
| Inhibition motrice | Répondre à voix haute en plein cours / réunion |
| Inhibition cognitive | Être distrait par chaque bruit / image / pensée intrusive |
| Inhibition émotionnelle | Pleurer, crier, claquer la porte… puis regretter aussitôt |
| Langage interne | Difficulté à se parler à soi-même pour se réguler (« attends, respire ») |
Et concrètement, ça donne quoi dans la vie ?
🏫 Vie scolaire
- Répond sans lever la main, quitte la tâche au milieu
- Faute d’inattention, lecture trop rapide
- Difficulté à inhiber les automatismes (ex. : « 2 + 2 = 5 ? Non, mais j’ai déjà écrit ! »)
💼 Vie professionnelle
- Parle trop vite en réunion, envoie un mail sans relecture
- Oublie une info lue il y a 5 minutes (trop de stimulations)
- Réagit de manière impulsive sous stress
🧠 Vie intérieure
- Sensation de surchauffe cognitive
- Culpabilité après coup : “je savais que je n’aurais pas dû…”
- Ruminations après un “dérapage” verbal ou émotionnel
Pourquoi ce n’est pas (que) une question de volonté ?
Le problème vient en partie de circuits fronto-striataux moins efficaces, d’un déséquilibre dopaminergique et d’un retard de maturation du langage interne, ce qui complique l’auto-régulation.
En d’autres termes :
Ce n’est pas que le frein est cassé, c’est qu’il est plus mou, plus lent, et moins bien connecté au reste du véhicule.
Quelles solutions peut-on mettre en place ?
🧭 Psychoéducation
- Comprendre que ce n’est pas un manque de politesse, mais une différence neurologique
- Identifier les situations à risque : fatigue, surcharge, émotions fortes
🛠️ Stratégies comportementales
- Post-it “STOP” ou “As-tu relu ?”
- Règle des 3 secondes avant d’envoyer un message
- Transitions douces : timer, musiques calmes, ancrages sensoriels
🌬️ Régulation émotionnelle
- Respiration consciente, visualisation, ancrage corporel
- Dialogue intérieur régulateur : “Est-ce urgent ? Est-ce utile ?”
👥 Accompagnement professionnel
- TCC centrée sur l’impulsivité
- Coaching exécutif (organisation, communication)
- Entraînement cognitif (jeux de Go/Stop, exercices d’attention)
💊 Traitement médicamenteux
Les psychostimulants n’éteignent pas l’impulsivité, mais offrent un léger délai de réponse, suffisant pour que le cortex préfrontal intervienne. C’est comme si on ajoutait une légère latence entre l’envie d’agir et l’action… un luxe, parfois.
En résumé
L’inhibition, c’est la capacité à faire une pause avant d’agir, de parler ou de réagir. Chez les personnes avec TDAH, ce délai est court, trop court. Mais comprendre le mécanisme, mettre en place des stratégies, adapter l’environnement et parfois accompagner par un traitement permet de restaurer un espace de choix. Ce petit espace, si précieux, entre le stimulus… et la réponse.
À venir : une fiche-outil « Apprendre à appuyer sur pause », avec des stratégies concrètes à tester au quotidien.

Votre commentaire